
"Ouais l'electro c'est pour les petits blancs gosses de riches..."
Mon gars, t'as jamais été aussi loin de la réalité. Presque la même distance qu'il y a entre David Guetta et un DJ Techno de la première heure, tu vois. Parce que la techno, c'est un truc de gamin afro américain, qui vit dans la friche industrielle qu'est devenu Détroit dans les années 80.
Imagine. T'es pas de la bonne couleur, tu te fais chier la bite dans les grandes largeurs... Mais comme tu es dans une ville à tradition musicale (Motown, pour ceux qui ne suivraient pas), t'écoutes la radio. La nuit. Sous tes draps, en faisant gaffe de pas te faire gauler par tes parents. A Détroit, la nuit c'est The Electrifying Mojo qui prend les commandes, et qui passe une musique pleine de synthés qui vient d'Europe. Pas mal d'Allemagne. Les prémisses d'une musique electro dans les années 70. Et surtout Kraftwerk. Ajoute à ça, la P-funk de Parliament, le retro futurisme, le paysage lunaire qu'est devenu Détroit, une préoccupation sociologico géographique pour l'industrie, les bagnoles, une grosse envie de se barrer, la sensation de ne pas venir d'ici parce que tu colles pas au reste du monde, une attirance pour l'hyper espace donc, le gospel, le rythme bien binaire et marqué des work songs...
Et tu auras la techno des débuts. Celle inventé par trois mecs Kevin Saunderson, Juan Atkins et Derrick May. Les Belleville Three. Ce sont la première génération de DJ. Trois blacks de Détroit. Ils montent Drexciya, Inner City, jouent en solo sous divers alias... Oui parce que la règle, tacite, avant Daft Punk hein, c'est de ne pas montrer sa tronche. Habitude qui perdurera jusqu'à aujourd'hui chez certains. Pas chez tous, non.
La seconde génération, et pas des moindres, c'est Jeff Mills et Mad Mike, entre autre. Ils fondent le label Underground Resistance. Tu la sens la fibre politique en sous main? Si Jeff Mike c'est costard noir de rigueur et grande classe à tout les étages (pas de Marcel bleu pétrole et de coupe Tony & Guy ici), Mad Mike c'est sweat à capuche qui cache le visage. Toujours. Underground Resistance, UR pour les intimes, c'est LE label de référence encore aujourd'hui. La garantie qualité d'une création techno.
Le style évolue et s'exporte largement. En Europe, la techno se ramifie en une multitude de style différents et impulse le mouvement des Rave Party, où t'es là pour danser, des heures durant, dans un espace de liberté totale et éphémère. Et c'est un phénomène qu'on voyait déjà à Detroit où les jeunes gens de l'époque se massaient dans des baraques abandonnées pour faire la fête et mixer. Et danser, parce que la techno est avant tout une musique de danse. Un peu dans l'esprit des Block Parties, oui parce que rien ne vient de nulle part, hein.
En Europe, la techno devient finalement plus populaire qu'aux US. Là bas, c'est plutot la House et le Garage qui se développent, mais ça c'est une autre histoire.
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